Apres un passage a Carthagene, ou je reviendrai ensuite, je cherche a rejoindre Barranquilla pour assister a son fameux carnaval (le 3eme mondial, apres Rio et Venise). Apres m´etre fait une frayeur gratuite car tout le onde a l´auberge pretendait que tous les bus etaient pleins depuis longtemps et qu´il fallait absolument avoir reserve son billet a l´avance pour pouvoir rejoindre la ville, ce qui s´est revele faux, je debarque le vendredi apres-midi a l´auberge que, pour le coup, j´avais reserve a l´avance il y a quelques mois.

Je vais ensuite faire quelques courses dans le supermarche a cote. La dame qui fait la queue a cote de moi a la caisse engage la conversation et apres m´avoir pose les questions habituelles (d´ou  je viens, combien de temps je voyage, etc), elle me regarde d´un air inquiet et me demande si je suis toute seule. Elle me dit qu´il ne faut surtout pas que j´aille au carnaval toute seule, c´est beaucoup trop dangeureux, il faut toujours que je sois en groupe... Mince, qu´est ce que c´est que cette histoire?

Je rentre a l´auberge et remarque un groupe de personnes qui papotent dans la cour interieure. J´en profite pour aller les voir et me presenter. Evidemment, tout le monde est la pour le carnaval... ca y est, j´ai un groupe avec qui y aller!

 

Le debut du carnaval est officiellement demain, mais des ce soir il y a une premiere fete de rue, Baila la Calle. Nous y allons ensemble.

Une grande avenue est transformee en piste de danse. L´acces est securise par des barrieres, et une service de securite fouille les sacs avant de nous laisser entrer. Il y a des policiers partout. Tout cela semble tres sur.

Nous rentrons et decouvrons notre premiere soiree de carnaval. Il y a beaucoup de monde, beaucoup de musique (des dj´s, des groupes live...) et surtout une ambiance de folie. Tout le monde danse ensemble, les Colombiens viennent vers nous et nous invitent a se joindre a eux, c´est tres convivial. Il y a aussi les bonnes vieilles traditions de carnaval : on se lance de la farine et de la mousse (vendue sur place - elle sent le chewing gum et ne pique pas les yeux, c´est pas mal) a la figure en permanence.

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Nous nous amusons beaucoup mais c´est vrai quíl faut se mefier : sur notre groupe de 12, une fille s´est fait voler son portefeuille et un garcon son telephone. Moi, j´ai bien fait d´ecouter les conseils qu´un Colombien rencontre dans le bus m´avait donne : ne rien avoir sur soi, a part  un peu d´argent cache dans le soutien gorge (les photos de la soiree sont de Daniel, un Neerlandais qui avait apporte son appareil et a eu la chance de ne pas se le faire piquer).

Le lendemain, nous nous levons difficilement et cherchons a savoir comment aller voir la grande parade qui se deroulera cet apres midi. L´auberge vend des billets pour les palcos, des gradins qui sont assez chers mais ont l´avantage d´etre a l´ombre, dotes de toilettes et bien places pour voir le defile. Nous reservons des sieges.

Sur place, ici aussi, l´ambiance est a la fete. Tout le monde se lance de la mousse et de la farine. Il ne faut surtout pas hesiter a arroser le gentil monsieur respectable ou la petite mamie de la rangee d´a cote : ca les fera beaucoup rire, et de toute facon, bientot, c´est eux qui viendront vous recouvrir de mousse en rigolant.

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Le defile commence par la presentation des differents services de la ville (pompiers, policiers, nettoyeurs de rue...). Ce sont de loin les policiers qui sont le plus applaudis, la foule se leve meme sur leur passage.

La parade proprement dite presente un melange de chars colores, de danses en costumes traditionnels, et de defiles de toutes sortes, plus ou moins humoristiques (theme animaux de la jungle, Predator, ou bien par exemple le pape qui fait coucou, entoure de cardinaux qui dansent une cumbia endiablee).

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Nous rentrons a l´auberge, ils ont installe une sono dans le jardin et la musique est a fond. Au moins c´est clair, tout le monde est la pour faire la fete, pas le choix.

Dans la petite gargote juste en face, la musique est aussi a fond (il ne faut pas se tenir au milieu de la rue sous peine de schizophrenie auditive), et tous les clients sont en train de danser. Plusieurs touristes de l´auberge commencent a les rejoindre, bientot suivis par leurs copains. Finalement, on se retourve tous la, a danser comme des fous, au milieu des Colombiens qui cherchent a nous apprendre les pas et les dehanches, et chantent toutes les chansons par coeur. Pas moyen d´y echapper : quelques personnes voulaient juste s`assoir a une table et profiter du spectacle, mais les Colombiens ne l´entendent pas de cette oreille. Tout le monde doit danser, au moins sur une chanson, mais il n´est pas envisageable de ne pas participer. Et ils ne comprennent meme pas le concept de ne pas aimer ou ne pas savoir danser. Pour eux, c´est inconcevable.

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Nous decidons ensuite de retourner a Baila la Calle. Sur la route (environ une demi-heure a pieds), nous devons demander plusieurs fois notre chemin, car ce n´est pas facile de se reperer. Nous passons notamment devant un magasin devant lequel une demi-douzaine d´employes sont assis, en train d´ecouter de la musique. En voyant ce groupe de gringos, ils ne resistent pas a la tentation et nous invitent a danser avec eux, tout en papotant pour savoir d´ou nous venons. Une petite mamie notamment est particulierement redoutable : c´est une prof de danse exigeante, qui ne veut pas nous lacher tant que nous ne bougeons pas les jambers exactement comme il faut. Elle a toute la patience du monde, mais ce n´est clairement pas possible de nous laisser danser aussi mal.

Nous finissons par les quitter et atteignons le lieu des festivites. Mais il y a un monde fou et la police nous indique que c´est plein, et ils ne laissent plus rentrer personne pour des raisons de securite.

Dans beaucoup d´autres pays, cela aurait enerve la foule, et cela aurait pu degenerer. Mais en Colombie, on a le sens pratique : il n´y a plus de place pour la danse dans la rue? Qu´importe, nous allons danser dans la rue d´en face! Ainsi, un festival de danse non officiel s´organise : chacun ramene sa sono, les boutiques de la rue mettent les leurs a fond, les vendeurs ambulants s´installent la, et c´est parti pour une nuit de folie a danser jusqu´a l´epuisement!

 

Le lendemain matin (midi), nous nous levons, de moins en mois frais a mesure que le carnaval avance.

Plusieurs personnes renoncent a aller voir la parade du jour. Avec Sarah, une copine belge, nous sommes cependant motivees, et decidons d´aller voir, avec certes 2 heures de retard car il faut le temps d´emerger. Mais les organisateurs devaient avoir fait la fete eux aussi car le defile commence a peine quand nous arrivons. Cette fois-ci, nous ne montons pas dans les gradins, mais decidons de rester en bas, sur des petites chaises en plastique installees sur les trottoirs et louees une bouchee de pain par des vendeurs de rue. Nous sommes clairement les seules touristes a cet endroit la. Eh bien c´est super sympa. Deja, nous discutons (et dansons, evidemment) avec les Colombiens assis a cote de nous. Et puis les personnes du defile viennent nous voir aussi, font quelques pas de danse avec nous de l´autre cote des barrieres, nous arrachent un bisou, ou nous font simplement de grands sourires et des clins d´oeil. Conclusion, il vaut mille fois mieux etre avec le peuple qu´avec les VIP!

 

C´est notre derniere soiree et nous retournons une fois de plus a Baila la Calle. Ce soir, nous sommes bien decides a rentrer. Mais une fois sur place, nous decouvrons une longue file d´attente. Ils font rentrer les gens au compte-goutte. Qu´importe, nous sommes motives, nous patientons.

Au bout d´un long moment, la police annonce au haut-parleur qu´il y a deja trop de monde a l´interieur, et qu´ils ne laisseront plus rentrer personne de la soiree. Un peu degoutes, nous nous dirigeons vers la rue d´en face, pour aller a la soiree officieuse comme la veille. Mais nous sommes interpelles par 3 jeunes Colombiens qui faisaient la queue a cote de nous : ils connaissent un autre endroit ou danser, est-ce que ca nous interesse? Piques par la curiosite, nous les suivons. Ce faisant, nous passons par le boulevard parallele a celui dans lequel se deroule la fete officielle. Nous nous arretons devant une petite rue transversale, voyant les gens danser a une centaine de metre de nous, mais impossible de les rejoindre a cause des barrieres bien gardees par des policiers intransigeants. Du moins le croyons-nous.

Nous sommes abordes par une femme qui nous dit qu´elle habite cette rue et a donc l´autorisation d´y acceder. Pour 5000 pesos (1,80 euros), elle nous fait entrer en disant que nous sommes des amis venus lui rendre visite. Nous hesitons. Un des Colombiens prend son numero de telephone. Nous avancons, puis finissons par reconnaitre que pour le prix, ce serait dommage de s´en priver. On appelle donc la dame, puis retournons devant la barriere pour la rejoindre. Elle arrive bientot, un bebe dans les bras. J´ai adore ce petit detail qui en rajoutait une couche dans le genre ¨je suis une mere de famille respectable, monsieur le policier, vous pouvez me faire confiance¨. Elle explique donc au flic qui garde la barriere que nous sommes ses amis et qu´il doit nous laisser passer. Il nous regarde un instant, nous n´ouvrons surtout pas la bouche mais nous disons tous que c´est tellement gros que ca ne passera jamais. Mais finalement il nous fait un grand sourire et nous ouvre largement la barriere. Nous passons en retenant un fou-rire. Et dire que Sarah et moi nous disions justement tout a l´heure que nous etions decues de ne pas pouvoir rentrer, nais qu´au moins cela prouvait que tout etait securise, qu´ils controlaient le nombre d´entrees et que l´on pouvait avoir toute confiance dans leur dispositif...

 

Une fois rentres, finalement il n´y a pas tant de monde que ca, en tout cas pas plus que le premier soir. Mais il y a toujours une ambiance dingue. Contrairement a ce qui se passe chez nous en Europe, tout le monde se melange. On ne reste pas a danser avec ceux qu´on connait. Non, tout le monde se joint au groupe et nous-meme pouvons nous melanger a n´importe quel autre groupe. On danse tous ensemble, ou bien en couples temporaires. Tout cela dans la bonne humeur et dans une atmosphere tres bon enfant. Personne n´est mis de cote et il est impensable d´etre un peu isole, quelqu´un viendra immediatement vous chercher pour danser avec vous ou vous integrer a l´ensemble de danseurs. C´est extremement convivial.

 

Lorsque nous rentrons, epuises, a l´auberge, il y a encore bien evidemment la musique a fond, dans le jardin, dans le resto d´en face, dans la rue. Et tout le monde qui danse a n´en plus finir.