Je prends un nouveau bus de nuit pour faire le trajet Medellin - Mompox. J'arrive à dormir pas trop mal.

J'arrive a 9h du matin (au lieu de midi, decidemment ils aiment bien prevoir large). J'avais repere sur internet la seule auberge de jeunesse de la ville. Je m'y rends. Le type de l'accueil est tres sympa mais il ne parle pas un mot d'anglais. Il me montre quand meme le dortoir. Je m'enquiers du prix et lui propose de payer tout de suite, mais il me dit qu'on verra ca plus tard.

Je prends une douche rapide puis vais me balader avant les trop grosses chaleurs. Ici il fait facilement 40 degres a l'ombre en pleine journee.

Mompox est une petite ville coloniale tres isolee, et donc relativement epargnee du tourisme. Sa specialite est le travail de l'argent avec une technique qu'ils appellent filigrane, c'est a dire des fils d'argent tres fins qui sont utilises pour faire des bijoux. On trouve plusieurs ateliers artisanaux en ville.

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La deuxieme specialite, ce sont les fauteuils a bascule. Cela s'accorde parfaitement avec l'atmosphere caniculaire et tres tranquille de la ville.

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Je rentre au dortoir et fais la connaissance de Nadia, une Anglaise qui vient de passer un an en Colombie, comme prof d'anglais dans un programme d'aide au developpement du pays.

On discute un peu puis vers 16h j'ose repointer le nez dehors, sous un soleil un peu moins aveuglant. Il y a deja un peu plus de vie dans les rues.

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Nous allons ensuite au resto Nadia et moi. Elle me raconte un peu son annee dans le pays. Ses eleves n'avaient pas un niveau terrible. Il faut dire qu'ici, on prend l'ecole ''tranquilo'', comme le reste. Pas de pression. Il y a tout le temps des evenements ou des festivites auxquels participent les eleves au lieu d'aller en cours, tout le monde discute en classe et c'est parfaitement normal, et cette annee les profs ont fait greve pendant 5 semaines entieres pour reclamer de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire, ce qui pour le coup est legitime.

Dans leur systeme, les eleves ne passent pas systematiquement dans la classe superieure, mais redoublent s'ils n'ont pas atteint le niveau. Le probleme est qu'il n'y a pas de nombre limite de redoublements, et qu'ils sont assez frequents. Elle avait donc des types de 17, 18 et 19 ans dans sa classe d'eleves de 13 ans... Ce doit etre epouventable d'assister toujours aux memes cours 5 ou 6 annees de suite... Nadia pense qu'ils restent quand meme car en sortant du systeme scolaire ils devront faire leur service militaire, qui dure 2 ans si l'on n'a pas de diplome, contre seulment 1 an si on en possede. Il attendent peut etre egalement la fin des negociations de paix, car le gouvernement a laisse entendre que le service militaire serait supprime si elles aboutissaient.

Elle me raconte aussi un peu sa vie au quotidien, ces petits details amusants sur les habitudes colombiennes. Par exemple, ils adorent leurs chiens (je l'avais deja remarque), et ne manquent pas une occasion de les habiller, leur peindre les griffes de couleur assortie, les deguiser pour Halloween ou Carnaval. Le dimanche, ils les promenent dans des parcs ou des vendeurs de glaces pour chiens leur proposent toutes sortes de parfums specialement adaptes a leur gout.

Ils ont aussi de droles d'habitudes. Ainsi, la plupart n'ont pas les moyens d'avoir une machine a laver. Mais au lieu d'aller dans une laverie, il faut louer la machine a la journee. Un type vous l'amene chez vous (a une heure normalement fixee a l'avance mais en pratique jamais respectee, il faut donc attendre qu'il veuille bien se presenter), la branche ou il peut et vient la recuperer le soir meme. C'est le systeme le moins pratique dont j'ai jamais entendu parler. Et vu le prix de la location, un achat serait vite rentabilise...

 

Le lendemain je me leve tot pour profiter de la fraicheur. Je vais visiter leur joli cimetiere, avec ses fleurs eclatantes de couleur au milieu des tombes blanches.

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De retour a l'auberge, je veux reserver pour cet apres-midi un tour en bateau sur le fleuve Magdalena qui longe la ville. Le receptionniste me demande de revenir a 13h, quand son collegue sera la. Pas de probleme.

Je vais buller un peu dans le dortoir climatise puis ressort a 13h. Personne a l'accueil. Je reessaie 1/4 heure plus tard, toujours personne... Le tour est a 15h et il faut marcher une bonne vingtaine de minutes pour arriver au point de rdv.... A 14h je vois enfin qulqu'un au bureau d'accueil. Un nouveau. Je vais le voir, incroyable il parle anglais! Je suis toute contente, mais il m'explique qu'il ne travaille pas ici, que c'est juste un ami passe donner un coup de main. Le receptionniste de l'apres midi est train de dormir dans sa chambre. Il propose d'aller le reveiller. Je patiente. Au bout d'un moment il revient, desole : impossible de le reveiller, il doit avoir trop bu. Je lui demande s'il ne peut pas quand meme s'occuper du tour en bateau mais il ignore totalement quoi faire qui prevenir... Il cherche un moment parmi les papiers etales sur le bureau, trouve ce qui ressemble a un carnet de reservations, mais ne sait pas quoi faire a partir de la. Bon tant pis, je vais y aller quand meme, je me presenterai et je verrai bien si on me trouve un place sur le bateau.

Au final, cela ne change rien, puisque j'arrive avec Nadia qui elle, avait pu reserve, mais ils ne verifient pas son nom et nous vendent a toutes les 2 un ticket juste avant l'embarquement.

Le tour est tres sympa. On s'enfonce dans les mangroves, on longe des petits villages, voit pas mal d'enfants sur les berges dont certaines pechent au filet, et on a la chance de croiser beaucoup d'oiseaux et pas mal d'iguanes. Il y a un arret au milieu du fleuve pour nous permettre de nous baigner, et meme si l'eau est toute boueuse, sa temperature est merveilleusement agreable.

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Apres etre alle mange avec Nadia, je rentre a l'auberge et cherche a parler avec le receptionniste du moment. En effet demain matin je vais partir a 5h30 pour choper le bus de 6h pour Carthagene, et je doute qu'a cette heure-ci quelqu'un sera debout pour faire mon check-out.

Cette fois ci ils sont 2, une fille et un monsieur d'un certain age. Je leur explique la situation, mais ils m'assurent tous ls 2 que je pourrai payer demain, et ils refusent de s'en occuper maintenant. Je rentre au dortoir en expliquant a Nadia que decidemment ils ne veulent pas de mon argent. Selon elle, presonne dans cet etablissement n'a la moindre idee de ce qu'il fait et comment il doit le faire (les proprietaires ont change recemment), donc des qu'ils faut faire quelque chose, meme recolter de l'argent, ils disent de revenir plus tard, en esperant qu'un collegue fera le necessaire. Notre voisin du lit d'a-cote nous confirme : il n'avait paye qu'une nuit sur les 2 qu'il passe ici, et quand il a voulu payer la 2eme, on lui a assure que c'etait deja fait. Il a eu beau protester, c'etait ce qu'il y avait indique dans leur registre. Il a donc eu une nuit gratuite.

Je fais la connaissance d'un Francais qui vient d'arriver dans notre dortoir. Cela fait un moment qu'il voyage (emmenant partout son eternel drapeau breton), souvent sous sa tente, de temps en temps dans des auberges de jeunesse pour passer des nuits plus reposantes.

Nous n'avons pas le temps de discuter plus longtemps que le receptionniste du soir debarque, un peu affole, et nous demande combien de personnes dorment dans cette chambre. Nous lui repondons qu'il doit mieux savoir que nous et que nous ne savons pas forcement qui est venu s'installer en notre absence mais n'est pas present dans la chambre au moment present. Il entreprend donc de compter les sacs a dos et les lits defaits, en conclut que le dortoir est plein et que le Francais, dernier arrive, doit partir. En effet, quelqu'un d'autre aurait resreve son lit. Il prend ca avec philosophie et va monter sa tente dans le jardin.

 

Je vais me coucher tot car la nuit sera courte.

Le lendemain matin, quand le reveil sonne a 5 heures, je suis a moitie dans les vapes, mais j'ai tout de meme les yeux suffisamment ouverts pour remarquer que le dernier lit est reste vide toute la nuit et que notre compagnon a passe la nuit sous la tente pour rien.

Je me prepare puis me dirige vers la sortie, mon gros sac sur le dos. Evidemment, il n'y a personne a la reception. J'ai un bus a prendre et pas le temps de courir partout chercher qulqu'un a reveiller pour que je puisse lui regler ma facture. Tant pis, je pars sans payer.

Je suis donc officiellement une deliquante, et dans un pays comme celui-ci, ca craint. Les prisons ne doivent pas etre sympas. Il est grand temps que je quitte la ville avant qu'ils ne lancent la police a mes trousses...